Le Velay sort tout juste des guerres de Religion, qui ont durement touché la région et particulièrement Le Puy à la fin du XVIe siècle (troubles, sièges, tensions entre catholiques et ligueurs). Le début du XVIIe siècle correspond à une période de reconquête catholique et de reconstruction religieuse : reconstruction d’églises et de chapelles rurales (la paroisse de Saint-Just elle-même possède plusieurs édifices datés du XVIIe siècle), renforcement du culte paroissial, pèlerinages (Notre-Dame du Puy restant un pôle majeur).
La période de paix relative, liée à la promulgation de l’Édit de Nantes, explique en partie pourquoi les campagnes du Velay, comme celles de Saint-Didier, connaissent alors un essor économique (marchés, artisanat du cuir puis de la soie).
Au début du XVIIe siècle, l’organisation politique locale du Velay repose presque entièrement sur les seigneuries et les « mandements » (circonscriptions féodales et judiciaires). Les premières municipalités rurales n’apparaissent que tardivement dans la région : elles ne sont encore que six à l’aube du XVIIe siècle. Cela signifie que la grande majorité des villages, hameaux et paroisses rurales comme ceux entourant Saint-Just n’ont pas encore de véritable administration communale autonome : c’est le seigneur local, souvent en lien avec les institutions du Puy, qui exerce justice et prélève les droits féodaux.
En particulier Saint-Didier-en-Velay Saint-Didier-en-Velay dépend d’une baronnie distincte, propre à cette localité, associée historiquement à la famille de Joyeuse (puis à d’autres familles locales comme les de Balmat, de la Faye, etc.).
La famille de Joyeuse était l’une des plus illustres familles nobles de France sous l’Ancien Régime, connue pour plusieurs raisons :
Les « mignons » d’Henri III.
Son membre le plus célèbre est sans doute Anne de Joyeuse (1561-1587), qui fut l’un des favoris (« mignons ») du roi Henri III. Ce dernier le combla de faveurs extraordinaires : il le fit duc, pair de France, amiral de France, et organisa pour lui en 1581 un mariage somptueux avec Marguerite de Lorraine-Vaudémont, belle-sœur de la reine — une fête restée célèbre comme l’un des mariages les plus fastueux de la Renaissance française. Anne de Joyeuse mourut au combat en 1587, lors de la bataille de Coutras contre les protestants d’Henri de Navarre (futur Henri IV), durant les guerres de Religion.
Un rôle politique et militaire de premier plan.
La famille produisit plusieurs figures importantes :
- Des cardinaux et ecclésiastiques de haut rang (notamment François de Joyeuse, cardinal),
- Des militaires engagés dans les guerres de Religion, souvent du côté catholique (la Ligue),
- Des ducs et pairs, l’un des rangs les plus élevés de la noblesse française.
Le pays étant peu urbanisé et dominé par de puissantes institutions ecclésiastiques (ex. l’abbaye de la Séauve), une bonne partie des droits seigneuriaux locaux relevait de seigneurs religieux plutôt que de la noblesse laïque. Les terres sont largement accaparées par des seigneurs (laïcs ou religieux) ou des institutions ecclésiastiques.
Le Velay héberge une population paysanne majoritaire, soumise aux aléas climatiques, aux famines périodiques, aux épidémies (la peste et d’autres « contagions » réapparaissent régulièrement tout au long du siècle et expliquent en partie des morts parfois jeunes), et à une fiscalité royale et seigneuriale lourde.
Nos Rullière, paysans à cette époque, sont donc susceptibles de payer, par exemple, le cens (somme modique payée chaque année par le tenancier, qui rappelle juridiquement que la terre appartient au seigneur et non au paysan lui-même) et le champart (portion de la récolte prélevée directement sur le champ, souvent le onzième ou le douzième des gerbes, avant même que le paysan ne rentre sa récolte chez lui). Sans compter également la taille (l’équivalent le plus proche de notre impôt sur la fortune aujourd’hui qui frappe la terre « roturière ») pour financer la guerre de Trente ans (voir La France au XVIIe siècle).